L’article 606 du Code civil fixe la frontière entre grosses réparations et entretien courant, avec des implications directes pour les propriétaires, usufruitiers, bailleurs et preneurs. Ce texte vise les travaux qui touchent à la structure et à la solidité de l’immeuble, tandis que le reste relève en principe de l’occupant. Comprendre cette distinction permet d’éviter les litiges coûteux et d’anticiper les charges importantes liées à votre patrimoine immobilier. Voyons ensemble comment les juges appliquent ce texte et comment vous pouvez vous organiser juridiquement et financièrement.
Comprendre le champ d’application de l’article 606 du code civil
Pour bien utiliser l’article 606, il faut d’abord saisir ce qu’il couvre réellement et comment il s’articule avec d’autres textes du Code civil. Ce texte ne se limite pas à une simple liste de travaux, mais sert de grille de lecture pour répartir les charges entre les différents intervenants. Maîtriser ce cadre est essentiel avant d’entrer dans les cas concrets.
Comment le code civil définit les grosses réparations visées par l’article 606
L’article 606 du Code civil énumère les grosses réparations en visant les principaux éléments structurels de l’immeuble : murs et voûtes, rétablissement des poutres et couvertures entières, ainsi que les digues et murs de soutènement. Cette liste est considérée comme indicative par la jurisprudence, qui interprète la notion en tenant compte de l’ampleur des travaux et de leur impact sur la solidité du bâtiment.
La Cour de cassation précise régulièrement que le critère déterminant réside dans le caractère structurel et exceptionnel de l’intervention. Contrairement à une simple réparation ponctuelle, une grosse réparation vise à conserver l’intégrité même de l’immeuble sur le long terme. Cette définition conditionne ensuite la répartition des coûts entre nu-propriétaire, usufruitier ou bailleur.
Nu-propriétaire, usufruitier, locataire : qui paie quoi en pratique
La répartition des charges repose sur un principe clair : les grosses réparations incombent au nu-propriétaire, tandis que l’usufruitier supporte l’entretien courant et les réparations d’usage. Cette distinction trouve son fondement dans les articles 605 et 606 du Code civil.
| Qualité | Charge des grosses réparations | Charge de l’entretien courant |
|---|---|---|
| Nu-propriétaire | Oui | Non |
| Usufruitier | Non (sauf convention) | Oui |
| Locataire | Non | Oui (réparations locatives) |
| Bailleur | Oui | Non (sauf réparations locatives) |
En matière de bail, le Code civil et la loi du 6 juillet 1989 pour les logements d’habitation précisent que le bailleur assume les grosses réparations. Le locataire ne supporte que les réparations locatives limitativement énumérées par décret. Comprendre cette logique permet d’anticiper les litiges et de rédiger des contrats plus protecteurs.
En quoi l’article 606 se distingue des simples travaux d’entretien courant
La frontière entre grosse réparation et entretien courant se joue sur trois critères principaux : la nature des travaux, leur coût et leur impact sur la durée de vie de l’immeuble. Les tribunaux vérifient si l’opération vise à conserver ou à restaurer la solidité du bâtiment, ou seulement à maintenir le confort et la fonctionnalité quotidienne.
Par exemple, le remplacement de quelques tuiles cassées relève de l’entretien courant, tandis que la réfection complète d’une toiture vieillissante constitue une grosse réparation. De même, reboucher une fissure superficielle diffère du traitement d’une fissure structurelle qui menace la stabilité des murs porteurs. Cette distinction technique nécessite souvent l’intervention d’un expert pour éviter les contestations.
Travaux concernés par l’article 606 du code civil et exemples concrets

Les décisions de justice ont progressivement précisé ce que recouvrent les grosses réparations visées à l’article 606. Des exemples concrets de travaux de toiture, de murs porteurs ou d’équipements lourds permettent de comprendre comment les juges tranchent dans les situations ambiguës. L’objectif est de vous situer rapidement dans un cas réel.
Quels travaux relèvent clairement des grosses réparations au sens de l’article 606
Les travaux touchant à la toiture entière, aux murs porteurs ou aux poutres maîtresses entrent généralement dans le champ de l’article 606. Il en va de même pour certaines réparations lourdes des façades ou fondations, lorsque la stabilité du bâtiment est en jeu. Ces opérations se distinguent nettement de simples remplacements ponctuels ou réparations localisées.
La jurisprudence retient notamment comme grosses réparations : le remplacement complet d’une charpente dégradée, la reprise en sous-œuvre des fondations, la reconstruction d’un mur de soutènement effondré, ou encore la réfection totale d’une couverture. Ces travaux présentent un caractère exceptionnel et visent à préserver l’existence même du bâtiment.
Réparations de toiture, ravalement de façade, structure : illustrations fréquentes
Le remplacement complet d’une toiture dégradée est typiquement assimilé à une grosse réparation, contrairement au changement de quelques tuiles ou ardoises qui relève de l’entretien courant. La Cour de cassation a ainsi jugé que la réfection intégrale d’une couverture vétuste constitue une charge du nu-propriétaire.
Un ravalement de façade peut relever de l’article 606 lorsqu’il implique des travaux lourds sur le support, comme le traitement de pathologies affectant les murs ou la reprise de balcons en saillie. En revanche, une simple remise en peinture ou le nettoyage de surface reste à la charge de l’usufruitier ou du bailleur selon les cas.
La reprise de fissures structurelles ou de fondations instables entre également dans cette catégorie. Un propriétaire confronté à des désordres affectant la structure porteuse devra généralement assumer ces coûts, même s’il a loué le bien. Ces situations illustrent l’importance d’anticiper ces charges lors de l’acquisition d’un bien ancien.
Équipements, chauffage collectif et parties communes : l’approche prudente des juges
Les équipements collectifs lourds, comme une chaudière centrale ou un ascenseur, donnent souvent lieu à débats sur l’application de l’article 606. Les tribunaux examinent l’ampleur des travaux, leur caractère exceptionnel et leur lien avec la structure de l’immeuble. Le remplacement complet d’une installation vétuste peut ainsi être qualifié de grosse réparation.
Une situation fréquente en copropriété : des copropriétaires découvrent la distinction seulement au moment d’un appel de fonds imprévu pour remplacer la chaufferie collective. Si les travaux concernent uniquement l’entretien ou la modernisation sans caractère structurel, ils échappent généralement à l’article 606. En revanche, le remplacement d’équipements devenus obsolètes après plusieurs décennies d’usage peut y être assimilé.
La prudence des juges s’explique par le coût élevé de ces opérations et leur impact sur le budget des parties. Une analyse au cas par cas reste donc indispensable pour éviter les mauvaises surprises.
Répartition des charges et contrats : bail, usufruit et copropriété

La force de l’article 606 tient à son impact direct sur la répartition des charges entre les différentes parties au contrat. Que vous soyez bailleur, usufruitier ou copropriétaire, la question est toujours la même : qui supporte quel type de travaux, et jusqu’où pouvez-vous aménager cette répartition ? Voici des repères concrets pour sécuriser vos conventions.
Comment l’article 606 influence la répartition des charges en bail d’habitation
En bail d’habitation, la loi du 6 juillet 1989 et le décret du 26 août 1987 encadrent déjà ce qui incombe au locataire. L’article 606 sert de référence implicite pour exclure du champ locatif les grosses réparations structurelles, laissées à la charge du bailleur. Le locataire ne peut être tenu que des réparations locatives limitativement énumérées par décret.
Certaines clauses tentent parfois de transférer davantage de charges au locataire, mais elles sont soumises au contrôle du juge. Toute stipulation contraire à la loi est réputée non écrite. Ainsi, un bailleur ne peut valablement mettre à la charge de son locataire le remplacement complet d’une toiture ou la reprise de fondations, même avec son accord.
Usufruit et nue-propriété : organiser les grosses réparations prévues à l’article 606
Le Code civil prévoit que les grosses réparations au sens de l’article 606 restent à la charge du nu-propriétaire, sauf convention contraire. Les parties peuvent toutefois prévoir une répartition différente, notamment lorsque l’usufruit est de longue durée ou que l’immeuble nécessite des travaux lourds prévisibles.
Formaliser ces aménagements par écrit dans l’acte notarié limite les risques de contestation au moment où les travaux deviennent nécessaires. Par exemple, il peut être convenu que l’usufruitier participe aux grosses réparations à hauteur d’un certain pourcentage, ou qu’il prenne en charge certains équipements spécifiques. Cette souplesse contractuelle permet d’adapter la répartition à la situation patrimoniale des parties.
Copropriété, parties communes et grosses réparations : quelles contributions appeler
En copropriété, les grosses réparations visées par l’article 606 concernent souvent les parties communes, financées par les appels de fonds auprès des copropriétaires selon leurs quotes-parts. Le règlement de copropriété et les décisions d’assemblée générale complètent le cadre légal pour définir les modalités de contribution.
L’application de l’article 606 vient en soutien pour distinguer travaux exceptionnels et simple entretien des parties communes. Par exemple, le ravalement lourd d’une façade dégradée relève généralement d’une grosse réparation votée en assemblée générale à la majorité de l’article 25 de la loi de 1965. Les copropriétaires doivent alors s’acquitter de leur quote-part, même si le montant est élevé.
Gérer un litige ou un projet de travaux liés à l’article 606
Lorsque des travaux importants s’annoncent, les désaccords sur la qualification au regard de l’article 606 sont fréquents. L’enjeu est autant financier que juridique, ce qui impose une approche structurée pour documenter les travaux, consulter les bons interlocuteurs et, au besoin, saisir le juge. Voici comment gérer ces situations de manière anticipée et pragmatique.
Comment vérifier si vos travaux entrent vraiment dans le champ de l’article 606
Avant de lancer un chantier, faites établir un devis détaillé et un avis technique décrivant précisément la nature des travaux. Vous pourrez ainsi apprécier s’ils touchent à la structure, à la solidité ou à la simple fonctionnalité de l’immeuble. Un architecte, un bureau d’études ou un expert en bâtiment peut fournir cette analyse technique.
Confrontez ensuite ces éléments à la rédaction de vos contrats (bail, usufruit, règlement de copropriété) et aux décisions de jurisprudence récentes. Par exemple, si le devis mentionne la reprise complète d’une charpente ancienne avec remplacement des poutres maîtresses, vous êtes probablement dans le champ de l’article 606. Cette documentation sera précieuse en cas de contestation.
Que faire en cas de désaccord sur la prise en charge des grosses réparations
En cas de conflit, commencez par un échange écrit argumenté avec la partie adverse. Citez les textes applicables, joignez les devis et avis techniques, et proposez éventuellement une répartition amiable des coûts. Cette approche permet parfois de trouver un compromis sans procédure judiciaire.
À défaut d’accord, plusieurs solutions s’offrent à vous : la médiation, le conciliateur de justice ou la consultation d’un avocat spécialisé en droit immobilier. Ces professionnels peuvent clarifier les droits de chacun au regard de l’article 606 et des contrats en présence.
Si le litige persiste, le juge pourra trancher, notamment en ordonnant une expertise judiciaire. L’expert technique déterminera la nature exacte des travaux et leur qualification juridique. Cette procédure prend du temps et génère des frais, d’où l’intérêt d’une solution amiable en amont.
Anticiper les coûts des grosses réparations pour éviter les mauvaises surprises
Prévoir un plan de financement et une épargne dédiée aux grosses réparations limite les tensions lorsque l’article 606 s’applique soudainement. Les bailleurs, usufruitiers et copropriétaires ont intérêt à intégrer ces perspectives dans leurs simulations de rendement ou de transmission patrimoniale.
En copropriété, alimenter régulièrement le fonds de travaux obligatoire depuis 2017 permet de lisser ces dépenses exceptionnelles. Pour un usufruitier ou un nu-propriétaire, établir un diagnostic technique avant la mise en place de l’usufruit aide à identifier les travaux prévisibles et à négocier leur prise en charge.
Cette anticipation financière est souvent la meilleure façon de transformer une contrainte juridique en projet maîtrisé. Un propriétaire averti qui provisionne 1 à 2% de la valeur du bien chaque année pour les grosses réparations se met à l’abri des difficultés majeures et préserve la valeur de son patrimoine sur le long terme.
En conclusion, l’article 606 du Code civil constitue un texte fondamental pour comprendre la répartition des charges entre les différents intervenants sur un bien immobilier. En distinguant clairement les grosses réparations structurelles de l’entretien courant, il permet d’organiser juridiquement et financièrement la vie du patrimoine. Une bonne compréhension de ce texte, complétée par une documentation rigoureuse et une anticipation des coûts, vous évitera bien des litiges et optimisera la gestion de vos biens.
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