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Immobilier

Porter plainte contre son locataire pour dégradation ne suffit pas : les recours à choisir selon les dégâts

Solène Valadier 8 min de lecture
Porter plainte contre son locataire pour degradation : état des lieux et mise en demeure

Découvrir un logement détérioré après le départ d’un locataire suscite souvent colère et inquiétude. Pourtant, porter plainte contre son locataire pour dégradation n’est pas toujours la meilleure démarche : la plainte vise une infraction pénale, tandis que la réparation financière relève le plus souvent d’un litige civil. Pour obtenir une indemnisation, il faut qualifier les dommages, réunir des preuves solides et choisir la procédure adaptée.

Dégradation locative, vétusté ou sinistre : ce que le locataire doit réellement payer

Le locataire répond des dégradations survenues pendant la location, sauf s’il prouve qu’elles résultent d’une faute du propriétaire, d’un cas de force majeure ou du fait d’un tiers qu’il n’a pas introduit dans le logement. Cette règle ne signifie pas que tout élément abîmé doit être remplacé à ses frais : l’usure normale reste à la charge du bailleur.

Litige locatif : les démarches pour trouver une solution : Découvrez les étapes de conciliation et les recours possibles avant de saisir le juge en cas de litige lié à la location d’un logement.

Les dommages qui peuvent être facturés au locataire

Une dégradation locative correspond à une détérioration anormale causée par un manque d’entretien, une négligence ou un comportement fautif. Une porte intérieure enfoncée, de nombreux trous non rebouchés dans les murs, une moquette brûlée, des sanitaires cassés ou un logement rendu particulièrement sale peuvent justifier une demande de réparation. Le décret n°87-712 du 26 août 1987 précise la liste des réparations locatives courantes qui incombent au locataire.

Ce qui ne peut pas lui être reproché

La vétusté correspond à la dégradation naturelle d’un équipement ou d’un revêtement due au temps et à un usage normal. Une peinture vieillie, un parquet usé par les passages ou un appareil en fin de vie ne peuvent pas être imputés intégralement au locataire. De même, un dégât causé par une tempête, une fuite provenant d’une partie commune ou un défaut structurel du logement ne relève pas nécessairement de sa responsabilité.

La difficulté vient souvent d’une accumulation de petits défauts : une ventilation mal entretenue favorise l’humidité, l’humidité dégrade les peintures, puis le désaccord porte sur l’origine réelle des traces. Au lieu de réclamer un forfait global, isolez chaque poste, sa cause probable et la date à laquelle il a été observé. Cette méthode évite de confondre une conséquence d’un défaut du bâti avec une négligence du locataire et rend la demande plus crédible.

Construire les preuves avant toute réclamation

Dans ce type de litige, les états des lieux d’entrée et de sortie sont les pièces centrales. Ils permettent de comparer l’état du logement au début et à la fin du bail. Sans état des lieux d’entrée, le locataire est en principe présumé avoir reçu les lieux en bon état de réparations locatives, sauf preuve contraire. Sans état des lieux de sortie contradictoire, la preuve devient en revanche plus difficile à établir.

Les documents à conserver dans votre dossier

Un dossier cohérent ne se limite pas à quelques photographies. Classez les éléments par pièce et par dommage, en associant les images aux mentions des états des lieux. Ajoutez les échanges avec le locataire, le bail, les factures d’achat si elles aident à évaluer l’ancienneté, ainsi que les devis ou factures de remise en état. Les devis doivent décrire précisément les travaux : « reprise de peinture salon » est moins probant qu’un document distinguant le rebouchage, la préparation et la peinture.

  • États des lieux d’entrée et de sortie datés et signés ;
  • Photographies et vidéos datées, avec des vues d’ensemble et des gros plans ;
  • Devis, factures et éventuelle grille de vétusté annexée au bail ;
  • Courriers, courriels et messages montrant les démarches engagées ;
  • Procès-verbal de constat établi par un commissaire de justice si les dégâts sont importants ou contestés.

Le commissaire de justice ne décide pas qui est responsable, mais son constat décrit objectivement l’état des lieux à une date donnée. Il est particulièrement utile si le locataire refuse de signer l’état des lieux de sortie, conteste les photographies ou a quitté les lieux sans organiser de rendez-vous. Ce document complète les autres pièces, sans les remplacer.

Commencer par la retenue sur dépôt de garantie et la mise en demeure

Avant de saisir un juge, privilégiez une démarche chiffrée et traçable. Le dépôt de garantie peut couvrir les sommes restant dues et les réparations locatives justifiées. Une retenue ne doit jamais être arbitraire : elle doit correspondre à des éléments concrets, notamment un devis ou une facture, et tenir compte de la vétusté du logement.

Envoyer une demande claire au locataire

Adressez au locataire un décompte détaillé accompagné des justificatifs, puis une mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception si le dépôt de garantie est insuffisant. Indiquez les dégradations constatées, les montants réclamés, les pièces jointes et un délai raisonnable pour régler ou répondre. Cette étape établit une demande claire, montre votre bonne foi et peut suffire à obtenir un accord sans procédure judiciaire.

Voie envisagée À privilégier lorsque Résultat recherché
Accord amiable Le locataire reconnaît une partie des dégâts Remboursement ou prise en charge directe des travaux
Commission départementale de conciliation Le différend concerne le bail, l’état des lieux ou le dépôt de garantie Tenter un accord formalisé sans procès
Assurance Un sinistre garanti est à l’origine des dommages Indemnisation selon les garanties du contrat
Tribunal judiciaire Le refus persiste ou le préjudice dépasse le dépôt de garantie Condamnation au paiement des réparations

Une déclaration à votre assureur ou à l’assureur du locataire peut être pertinente en cas de dégât des eaux, d’incendie ou de dommage accidentel couvert. L’assurance ne règle toutefois pas à elle seule la question de la responsabilité. Vérifiez les garanties et les exclusions du contrat avant d’avancer les travaux.

Porter plainte ou saisir le tribunal : choisir la bonne procédure

Pour des dégradations ordinaires constatées à la sortie, le recours principal est une demande civile devant le tribunal judiciaire compétent, et non une plainte. Le juge peut condamner l’ancien locataire à verser des dommages et intérêts correspondant au préjudice démontré. Pour un litige d’un montant inférieur ou égal à 5 000 euros, une procédure simplifiée de recouvrement des petites créances peut aussi être envisagée, notamment via CREDICYS.

Dans quels cas la plainte pénale a du sens

Porter plainte devient pertinent lorsque les faits paraissent intentionnels ou particulièrement graves : logement saccagé, destructions volontaires, menaces, intrusion après la fin du bail ou dégradations commises par un tiers identifiable. La plainte peut être déposée auprès d’un commissariat, d’une gendarmerie ou adressée au procureur de la République. Elle ne garantit pas une indemnisation rapide et ne dispense pas de documenter précisément le préjudice.

La saisine civile pour obtenir réparation

Si le locataire ne paie pas après la mise en demeure, saisissez le tribunal judiciaire du lieu où se situe l’immeuble. Votre demande doit expliquer les faits, détailler les sommes réclamées et joindre toutes les pièces utiles. L’assistance d’un avocat n’est pas systématiquement obligatoire, mais elle peut sécuriser un dossier complexe, un montant élevé ou une contestation portant sur la vétusté. Conservez les originaux et transmettez des copies lisibles au tribunal comme à la partie adverse.

Éviter les erreurs qui fragilisent votre demande

La première erreur consiste à réclamer le coût d’un équipement neuf pour remplacer un élément ancien. L’indemnisation doit réparer le préjudice, pas améliorer le logement aux frais du locataire. La seconde consiste à réaliser immédiatement tous les travaux sans photographies, devis ni constat : vous risquez alors de faire disparaître la preuve des dégâts.

  1. Comparez méthodiquement les deux états des lieux, pièce par pièce.
  2. Évaluez la vétusté avant de retenir ou de réclamer une somme.
  3. Faites établir des devis détaillés et conservez les factures après les travaux.
  4. Adressez une mise en demeure avant toute action judiciaire.
  5. Réservez la plainte aux faits potentiellement pénaux et le tribunal aux demandes d’indemnisation.

Enfin, ne confondez pas un litige sur les dégradations avec une expulsion. Si le locataire occupe encore le logement, l’expulsion exige une procédure spécifique et une décision de justice ; elle ne peut pas être décidée unilatéralement. La trêve hivernale peut également empêcher l’exécution matérielle d’une expulsion pendant la période concernée. Face à un logement très endommagé ou à un locataire insolvable, documenter précisément les faits et choisir le bon recours protège mieux les intérêts du propriétaire.

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